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LES COCCIDES ou "COCHENILLES" (1) :

Rappel : le terme Homoptères, utilisé ici et dans les pages suivantes, encore largement employé par les entomologistes amateurs, n'est plus admis par les spécialistes actuels qui le remplacent par 3 groupes ou sous-Ordres (Cicadomorphes, Fulgoromorphes et Sternorhynques); ce terme est utilisé sur ce site à des fins pédagogiques !


A première vue, ces "Punaises" Homoptères n'ont rien d'intéressant pour l'amateur des Insectes vu leur morphologie bizarre et régressée et leur petite taille; on serait tenter de les laisser de côté mais l'on va de surprise en surprise en les étudiant devant la variété et l'adaptabilité de ces phytophages polyphages
On les appelle aussi "Pucerons à carapace", "Poux collants", "Poux de serres" ou "Poux des plantes" (Phytophtires) ce qui rappelle les dégâts considérables qu'ils font aux plantes cultivées (serres, appartements) et aux arbres fruitiers ou non...
On en a beaucoup parlé lors de l'introduction dans les régions à agrumes de la fameuse Cochenille australienne Icerya (Pericerya) purchasi (vers 1913 à St Jean-Cap Ferrat puis en 1929 à Bordeaux...) contre laquelle on a du introduire un prédateur australien, la Coccinelle Rodolia (Novius) cardinalis : ce fut un des premiers et important succès de lutte biologique par les entomophages prédateurs (depuis, se développe dans certains pays, la production en bio-usines de Coccinelles maculées comme Cryptolaemus contre les Cochenilles floconneuses...);la cochenille australienne des agrumes est devenue maintenant cosmopolite !


la Coccinelle Cryptolaemus montrouzieri, environ 4 mm, importée d'Australie grande dévoreuse de Cochenilles floconneuses des agrumes! (photo J.Gouzanet)
(sa larve mime la Cochenille avec des prolongements cireux et cotonneux un peu plus longs!)


La "Cochenille australienne des agrumes" Icerya purchasi et son prédateur naturel Rodolia (Novius) cardinalis


Rodolia cardinalis (photo J.Gouzanet)

-Les mâles : sont plus rares et éphémères voire inconnus; ils ont des métamorphoses complètes (stade nymphe ou pupe présent); ils n'ont que 2 ailes et 2 balanciers (un peu comme les Diptères)
Leur bouche est atrophiée; les larves ovales normales (rostre, pattes, antennes) puis cocon, nymphe et adulte...

-Les femelles : métamorphoses incomplètes car leurs larves, une fois fixées, se transforment et deviennent méconnaissables après l'accouplement : la segmentation disparait, pattes et antennes s'atrophient; grâce aux exsudations de la sève pompée, il se forme une sorte de carapace cireuse ou floconneuse ou résineuse en forme de bouclier qui adhère fortement au support (feuille, tronc, branche...); la femelle pond ses oeufs sous la carapace; d'autres genres sont simplement recouverts d'une pulvérulence cireuse... et il y a des cas de parthénogénèse

Elles sont nuisibles en piquant toutes les parties du végétal provoquant le dé:périssement et dessèchement puis la mort de la plante parasitée !
Certaines sont et ont été utiles par le commerce des laques ("carmin"...), des teintures ("teintures de cochenille"...) et de la cire à cacheter : on en importait du Mexique, des Canaries...(il fallait 140000 insectes pour 1kg de teinture de Cochenille !)

La détermination des Cochenilles demande des examens microscopiques précis et des préparations complexes




Cochenille sur Camelia : larves - femelle retournée protégée par son bouclier non cireux (photos P.Pinson)

Rappel : Place dans la Classification : voir page 10

-O/ Hémiptères ou Rhynchotes : rostre piqueur-suçeur
-s-O/ Homoptères : ailes membraneuses
-section Sternorrhynques : antennes non sétiformes de 3 à 11 articles,
complexe buccal hypognathe, ailes à nervation réduite
( pas de nervures transverses donc pas de cellules fermées)
-S-F/ Coccoides ou "Cochenilles"


Aile à nervation réduite de Coccide

Caractères généraux essentiels des "Cochenilles" :

-plus de 6000 espèces surtout tropicales (mais surement beaucoup plus)
-0,5 mm à 10 mm
-dimorphisme sexuel très accusé
-mâle à 1 paire d'ailes fonctionnelles et 2 balanciers


Peut-être un mâle de Coccide avec ses filaments cireux abdominaux ? (photos M.Billard)

-nervation réduite à 1 seule fourche
-larves souvent semi-mobiles avec antennes, pattes encore fonctionnelles, ocelles et yeux réduits


Face ventrale d'une larve de Cochenille Lécanide (les flèches blanches indiquent l'emplacement des 2 yeux atrophiés et les 6 ocelles au milieu en avant du céphalothorax)...(photo M.Blaise)

-les mâles ne s'alimentent jamais : forme reproductrice à vie brève
-femelles aptères, larviformes; 8 segments visibles parfois fusionnés en un pygidium (Diaspides) avec ornementation utilisée en systématique
-femelles à antennes et yeux atrophiés ou disparus, le plus souvent fixées
-rostre à 4 stylets s'enroulant au repos dans une poche ventrale ou crumena


Coupe longitudinale d'une Cochenille fixée sur son hôte par ses pièces buccales (schématique)


Rostre de Cochenille Lecanide avec les longs stylets maxillaires et mandibulaires enroulés au repos - Les 4 stylets visibles indiqués par les flèches (2 maxillaires et 2 mandibulaires) (micrographies de M.Blaise)
(Ces stylets sont non rétractiles et doivent donc s'enrouler au repos dans une poche; pour piquer le végétal jusque dans la sève élaborée sucrée du phloème ou liber, la femelle secrète une salive qui durcit et forme une gaine autour des stylets...)

-secrétions des femelles : dures formant un bouclier protecteur des Diaspides et Lécanides Astérocanines; téguments rigides et coriaces des Lécanines et Kermococcines
-certains genres secrètent au moment de la ponte des cires floconneuses ou pulvérulentes abritant les pontes (Pulvinaria) ou ces cires sont déposées sur les pontes avec les oeufs (Pseudococcines)
-Certaines femelles secrètent un sac cireux adhérant à l'abdomen ou ovisac (Icerya)


Ovisac côtelé d'Icerya purchasi entouré de larves nouveau-nées et de fourmis commensales-Lécanide Pulvinaria déposant sa ponte dans un ovisac en ruban collé sur un rameau


Types de ponte des femelles Coccides
(A=Pseudococcus-B=Icerya-C=Steatococcus-D=lecanium-E=lecanium-F=Lepidosaphes) d'après Weber

Toutes ces secrétions sont fabriquées par des glandes abdomino-ventrales tégumentaires qui ont une structure et une disposition utilisées en systématique !

On distingue 3 grandes Familles basées sur les caractères des mâles : F/ Margarodides-F/ Lecanides-F/ Diaspides

1-Mâles aux yeux composés latéraux muriformes : type margaroide = F/ Margarodides
2-Mâles aux yeux latéraux composés et ocelliformes :
2-1-tête dégagée du thorax (cou) : type lecanoide = F/ Lecanides
2-2-tête fusionnée avec le thorax (pas de cou) : type diaspidoide = F/ Diaspides


Détail Têtes de Margarodide-Lecanide-Diaspide (d'après Hodebert)
(yeux muriformes de Margarodides-yeux ocellés et cou de Lecanides-yeux ocellés et pas de cou de Diaspides)

1-Famille des Margarodides :

-taille grande pour des Cochenilles
-mâles avec yeux latéraux composés latéraux muriformes
-6 à 8 stigmates
-femelles secrétant une cire blanche au niveau du thorax et de l'abdomen
-cette cire forme un ovisac avec oeufs sombres
-pattes et antennes des mâles souvent noires, longues et bien développées


"Cochenille méditerranéenne du dépérissement du Pin maritime" Matsucoccus feytaudi : Larves sur écorce-Adulte ailé mâle

1-1-sous-Famille des Margarodines :

-Tribu Monophlebines-Icerya purchasi : cochenille australienne en France depuis 1913;
cire amorphe blanche, ovisac blanc cannelé;
oeufs et larves rouges sur orangers, mimosas et plantes d'ornement...(espèce très polyphage)
-Tribu Margarodines-Margarodes : espèces fouisseuses des régions arides


Pericerya purchasi : femelle avec son bouclier et la cire blanche sur son ovisac blanc cannelé


Pericerya purchasi : femelle avec cire blanchâtre sur son ovisac blanc cannelé bourré d'oeufs-Mâle ailé


Autres Icerya prurchasi sur Ulex europaeus...(photos C.Fortune, Bretagne)


Femelles adultes avec ovisacs blancs et cannelés bourrés d'oeufs et de larves...(photos P.Falatico et A.Guibentif)


Femelle adulte rougeâtre avec son bouclier dorsal et son ovisac, 8-10 mm de long : vue dorsale - vue ventrale (photos P.Falatico)


Icerya purchasi : ovisac ouvert avec les larves rouge foncé à l'intérieur (photos P.Falatico)


Autre "Cochenille des argrumes" Pericerya purchasi : Femelle avec son ovisac blanc et fourmis commensales - Ponte sur un tronc


Ovisac ouvert montrant les larves néonates ovales et aplaties rouges à pattes noires (0,5 mm); on devine sur la photo de droite aussi les 6 longs filaments terminaux et les antennes noirâtres de 6 articles (photos J.Gouzanet)


Autres larves de Pericerya purchasi...(photos J.P.Marino, sur Mimosa)

Les photos suivantes (de Jacques Gouzanet) concernent les 2 auxiliaires naturels principaux prédateurs d'Icerya purchasi : La coccinelle Rodolia cardinalis et le Diptère Ceccidomyide Cryptochaetum iceryae


Larve de Rodolia cardinalis et exsuvie larvaire


Il semble que ce soit ici une larve de Diptère Ceccidomyiide Cryptochaetum iceryae rouge grenat au stade prépupe encore mobile qui va devenir pupe noire...(normalement, la larve est rouge avec 2 prolongements trachéens puis devient plus foncée au stade prépupe puis noire au stade pupe)


Autre Margarodide exotique : Crypticerya genistae, diffère des Icerya par la femelle ici avec son long ovisac (1,5 cm contre 0,5 chez Icerya en moyenne) qui peut être parallèle au support de la plante-hôte ou relevé vers le haut (femelle au corps légèrement orange, pattes noires et ovisac blanc comme les Icerya); nombreuses plantes-hôtes...(photos C.Fortune, Guadeloupe)




Autre Margarodide de Guadeloupe : Icerya seychellarum, cosmopolite et très polyphage... (photos C.Fortune, Guadeloupe)
(femelles recouvertes d'une cire blanchâtre avec des zones jaune pâle portant des poils longs argentés; il y a 3 bourrelets dorsaux longitudinaux jaunâtres et floconneux (2 latéraux et 1 médian); les femelles adultes fabriquent en 2-3 jours un ovisac non canaliculé...)


Autre femelle adulte de Margarodide, 7 mm...(photos J.Bailloux, Var)





Amas floconeux blancs du Margarodide Marchalina hellenica dans les fissures de l'écorce du Pinus brutia, provoque le dépérissement des pins... (photos C.Fortune, île Rhodes, Grèce)
(produit d'importants miellats (honeydew) qui intéressent les agriculteurs grecs (60 % du miel grec est du "pine honey"); on a même encouragé les apiculteurs à implanter cette cochenille sur les pins entre 1996 et 2000...)




1-2-sous-Famille des Ortheziines :

-Tribu Ortheziines-Orthezia urticae et insignis : sur ortie ou Lantana; femelle de grande taille rouge vermillon ainsi que leurs oeufs; ovisac en grandes lames cireuses blanches


Orthezia insignis : larve (à gauche) et femelle adulte (profil et vue dorsale) d'aprè Leonardi


Orthezia sp. femelle...


Orthezia urticae, environ 3 mm, couvert de plaques cireuses d'un blanc pur, les postérieures formant un ovisac donnant une longueur de 10 mm à l'insecte (photos P.Falatico)


Femelle d'Orthezia urticae avec ses "petits", d'environ 1 mm, dont on distingue les pattes noires sous la carapace cireuse blanche...(photos P.Falatico)



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